Conférence climatique de Cancun
Un silence de mauvais aloi
La population suisse souhaite à 69 % que les politiques soient plus actifs dans la lutte contre le changement climatique. C’est ce que montre un nouveau sondage du WWF, mené sur un échantillon représentatif. Malgré ce message on ne peut plus clair, le Conseil fédéral continue à mépriser les préoccupations des citoyennes et des citoyens, et elle l’a prouvé une fois de plus la semaine dernière. Les Verts ont déposé une interpellation exigeant que des mesures urgentes soient prises pour que la Suisse remplisse les objectifs de Kyoto en 2012. L’objet devait être traité lors de la session en court, mais pour le bureau du Conseil national, le climat semble être la dernière priorité. L’année 2010 va s’écouler sans que le Conseil fédéral ait été tenu d’expliquer pourquoi la Suisse n’atteint pas son objectif climatique.
Selon les calculs de l’office fédéral de l’environnement, il paraît en effet déjà clair que la Suisse va échouer dans ce domaine : en 2010, elle n’aura réduit ses émissions de gaz à effet de serre que de 7% par rapport à 1990, au lieu des 8% prévus. C’est un demi-million de tonnes de CO2 en trop dans l’atmosphère. Si nous ne réussissons pas à nous en tenir à nos objectifs dans un délai si court, comment pouvons-nous espérer réduire les émissions de CO2 produites sur territoire helvétique de 30% d’ici 2020 ? Au plus tard lors de la votation sur l’initiative climatique, il nous faudra nous confronter à nos obligations.
À l’échelle mondiale, au vu du rapport sur le climat récemment publié par l’agence environnementale de l’ONU, nous ne pouvons nous satisfaire des acquis. Même si les promesses les plus audacieuses du sommet de Copenhague étaient tenues, le réchauffement de l’atmosphère excéderait le seuil fatidique de 2°C. Cela semble peu, mais les conséquences en seraient catastrophiques pour certaines régions. La pénurie d’eau s’aggraverait en Afrique, faisant encore diminuer les rendements agricoles. Les régions côtières seraient inondées, et de nombreuses populations se retrouveraient sans abri. Certaines îles seraient tout simplement rayées de la carte. Et c’en serait fini des glaciers suisses.
Tout plaide en faveur de mesures supplémentaires pour lutter contre le changement climatique, et celles qui sont déjà en vigueur doivent être renforcées. C’est le contraire qui se produit : on n’attend pas grand chose de la conférence climatique de Cancún, et ce qui se passe dans cette station balnéaire mexicaine ne fait pas la une des journaux.
Cet immobilisme force les Verts à monter aux barricades pour exiger enfin des actions efficaces : taxe C02 étendue aux carburants et augmentée pour les combustibles, autres mesures en dehors de la loi sur le CO2 en vigueur. Nous voulons que le Conseil fédéral nous dise si les recettes du « centime climatique » suffisent à acheter des certificats d’émissions à l’étranger pour l’équivalent de 2 millions de tonnes de CO2, et s’il est prêt à fixer des objectifs climatiques pour 2012 plus ambitieux que les engagements internationaux.
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